Karim Amellal

Posts Tagged ‘banlieues’

Rompre l’abandon : pour une politique d’égalité réelle

In Banlieues, Discriminations, Inégalités, Politique on 13 mai 2012 at 10 h 38 min

Article publié dans le Huffington Post dimanche 13 mai 2012.

Les quartiers sensibles, aussi appelés « populaires » pour souligner la forte représentation des personnes les plus modestes, ou les moins bien dotées, parmi la population, ont le 6 mai massivement voté pour François Hollande:Saint-Denis à 77,78%, Les Mureaux à 70,47%, Mantes-la-Jolie 67,05 et jusqu’à 89,04% au Val-Fourré. Cette mobilisation importante traduit cependant moins un vote d’adhésion en faveur du candidat socialiste et de son programme qu’un vote sanction contre le président sortant. Au lendemain de l’élection présidentielle, c’est donc une forme d’attentisme mâtinée d’espérance qui domine dans les quartiers populaires.

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Brève histoire (symbolique) de la banlieue

In Banlieues, Inégalités on 12 avril 2012 at 14 h 58 min

A travers la trajectoire de Mohamed Merah, les banlieues sont revenues (un trop bref instant) au cœur de la campagne électorale. Quartiers sensibles, ou populaires, cités ou ghettos, territoires défavorisés ? Les expressions qui désignent les banlieues pauvres et turbulentes des grandes villes françaises sont le plus souvent euphémisantes, comme s’il s’agissait de poser un voile pudique sur une réalité qui dérange, et tous ceux qui utilisent cette terminologie le font en général avec prudence : il faut en parler sans en parler. Dire “les quartiers” suffit d’ailleurs à indiquer de quoi l’on parle : de ces endroits pauvres et mal famés faits de cités HLM et de « racailles ». D’un côté, donc, il y a une réalité qu’on ne veut pas voir mais qu’il faut bien essayer de nommer, et de l’autre un vocabulaire qui transpire l’effroi. Autrement dit, il y a eux et nous, ici et là-bas, ceux des quartiers et ceux du centre, et dans cette distance s’insinuent toutes ces représentations, en vérité ancestrales, où celui qui est à la fois modeste socialement et en-dehors du centre géographiquement devient une sorte d’ennemi intérieur.

C’est une partie de l’histoire symbolique de nos banlieues. Alors flashback. Lire le reste de cette entrée »

L’islam n’est pas le problème, la République est la solution

In Banlieues, Différences, Discriminations, Immigration / intégration on 5 avril 2012 at 8 h 33 min

En commettant ces actes hideux, Mohamed Merah n’a pas seulement illustré la folie meurtrière, il a aussi porté un coup terrible aux musulmans de France en induisant, une fois de plus, un désastreux amalgame entre l’islam de la République et les comportements antireligieux et racistes de quelques personnes endoctrinées.

Disons-le tout de suite : les seuls responsables de ce basculement dans la haine, c’est Mohamed Merah et tous ceux qui, sur ce chemin pavé de clous, l’ont endoctriné et lui ont inoculé leur misérable poison.

Mais ce type de trajectoires doit aussi nous interroger sur la manière dont notre société, en dépit de ses valeurs et de ses principes, a pu laisser prospérer, ou plutôt dégénérer, de tels individus sans qu’aucune vigie, aucun système d’alerte efficace n’envoie aux bonnes personnes au bon moment les bons signaux. Et il y a là quelque chose de très inquiétant à assister, passifs, à une telle métamorphose de la haine, à voir un gosse paumé devenir successivement voyou de quartier et djihadiste international.

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Débat France 24 (english)

In Banlieues, Immigration / intégration, Inégalités on 4 avril 2012 at 10 h 02 min

Débat sur France 24 (english)

France Under Threat?

With sting operation, arrests, and deportations, French authorities firing on all cylinders against Islamist extremists. But has the reaction to the Toulouse shootings gone too far? The opposition accuses Nicolas Sarkozy of deliberately labouring the point to fuel his surge in the polls. With:

Arnaud DANJEAN. MEP, European People’s Party (UMP);

Richard YUNG. French Socialist Senator;

Karim AMELLAL. Lecturer, Sciences Po-Paris. Author, « Cités à comparaître », CEO at Stand Alone Media

Marc PERELMAN. France 24 French Politics Editor.

Les « quartiers sensibles » : combien de divisions ?

In Banlieues, Inégalités, Politique on 2 avril 2012 at 18 h 18 min

Le poids électoral des « zones urbaines sensibles »

Jeudi dernier se tenait au Sénat un colloque organisé par l’Institut Montaigne et l’association « Ville et banlieue » sur la place des banlieues dans la République (titre – approximatif – du rapport écrit par l’équipe de Gilles Kepel pour Montaigne). Maires de gauche et de droite se sont succédés à la tribune pour déplorer que les banlieues ne soient pas plus présentes, ni dans le projet du PS ni dans celui – invisible à ce stade – de l’UMP. Et tandis que s’achève l’Acte I de la rénovation urbaine mise en œuvre par Jean-Louis Borloo, beaucoup d’élus de villes situées en banlieue réclament un deuxième Acte, à hauteur de quelques dizaines de milliards, pour poursuivre le programme de destruction d’immeubles insalubres et de construction de logements sociaux.

Cette invisibilité de la banlieue et en particulier de ce que l’on appelle les « quartiers sensibles »  – par référence aux 751 zones urbaines sensibles que cible en priorité la politique de la ville – dans la campagne pose la question de leur poids électoral et des préférences partisanes des électeurs qui y résident.

Le poids électoral, d’abord. Aujourd’hui, le « vote ZUS » est difficile à évaluer. Selon l’INSEE, les ZUS comptent près de 4,5 millions d’habitants, ce qui représente à peu près 7% de la population nationale. En volume, ce n’est pas négligeable. Mais sur ces 4,5 millions d’habitants, combien d’électeurs ? Par manque d’études statistiques suffisamment affinées, on ne le sait pas vraiment. Hasardons nous à un petit calcul : si l’on considère que dans ces ZUS 1 habitant sur 3 a moins de 20 ans, cela nous donne un électorat d’environ 3 millions de personnes en âge de voter. Problème : sur ces 3 millions, il y a une forte proportion d’étrangers qu’il faut donc soustraire. On estime que les étrangers représentent à peu près 18% du total des habitants de ZUS, soit 540 000 personnes qu’il faut à nouveau déduire. A la louche, les ZUS engloberaient donc 2,5 millions d’électeurs potentiels. Sur 45 millions d’électeurs au total, le vote ZUS pèserait donc environ 6% des voix. Mais nouveau problème : tout cela est théorique ! Car en pratique, pour voter, il faut être inscrit sur une liste électorale. Hélas, dans les ZUS, les inscrits seraient d’après plusieurs études 25% de moins… Nous verrons en 2012 mais si les campagnes en faveur de l’inscription sur les listes électorales ne produisent pas les résultats escomptés, cela pourrait substantiellement réduire cet électorat et le ramener au-dessous de 2 millions. Autre problème, fondamental : celui de l’abstention. Car les électeurs vivant en ZUS se caractérisent par des taux d’abstention très au-dessus de la moyenne nationale à toutes les élections. L’élection présidentielle ne fait pas exception. : En 2007 par exemple, en dépit des fortes campagnes de mobilisation, l’abstention s’est située autour de 20% aux deux tours (contre 36 et 26% respectivement aux 1er et 2nd tour en 2002).

Mettons de côté l’abstention et concentrons-nous sur ces 2,5 millions d’électeurs théoriques qui forment le bataillon électoral des ZUS, soit 6% du corps électoral national. Pour qui votent-ils ?

La réponse est claire : cette partie-là des « catégories populaires » vote massivement pour la gauche. En 2007, Ségolène Royal y a réalisé quelques-uns de ses meilleurs scores et, en moyenne, plus de 42% au 1er tour contre 29% pour le reste de la France. Au second tour, les ZUS ont voté à 62% pour elle contre 47% pour le reste de la France. Si l’on additionne les votes exprimés en faveur de la gauche et de l’extrême gauche au 1er tour des scrutins de 2002 et de 2007, on observe une stabilité remarquable de l’électorat : 56% en 2002 (contre 43% pour le reste de la France) et 51% en 2007 (contre 36% pour le reste de la France). Contrairement à une idée reçue, le vote du Front national dans ces « quartiers sensibles » est – lui aussi – très stable et se maintient à un niveau relativement bas : 10% environ en 2002 et en 2007 (sources : voir cette étude). Quant à la droite républicaine, elle est passée de 38% au second tour de la présidentielle de 2002 à 51% en 2007 pour Nicolas Sarkozy, signe de l’indiscutable succès de son discours– à l’époque – très volontariste sur le terrain de la discrimination positive et de la défense des minorités.

Car – et c’est l’une des leçons de 2007 – les électeurs issus de l’immigration  constituent la clé de ce « vote ZUS » : surreprésentés dans ces quartiers, ils sont plutôt a priori enclins à accorder leur scrutin à la gauche, par sympathie historique, mais ils n’hésitent pas à voter pour un candidat de droite si celui-ci est perçu comme étant plus favorable à leurs préoccupations.

Or pour conserver cet électorat qui est désormais loin d’être acquis, François Hollande DOIT parler à ces électeurs. Mais encore faut-il juger que c’est tactiquement opportun…